"Lire c'est voyager, voyager c'est lire" V.H.

samedi 14 juillet 2012

Au “coeur“ de la Téranga


Voilà, nous y sommes ! Une année à patienter avant de revenir en Téranga. Cette fois François et moi avons dû prendre l’avion pour atteindre la Casamance et Ziguinchor. Ah oui j’oubliais, ne cherchez pas sur une carte, la Téranga c’est l’autre nom du Sénégal et signifie « le pays de l‘hospitalité »
Arrivant à Dakar le 14 juin nous avons repris l’avion dès le lendemain pour Ziguinchor. En effet le ferry qui fait la liaison habituellement entre ces deux ports est en carénage. Nous ne serons donc pas cette année accompagnés par les dauphins en arrivant en Casamance.
Par contre l’avion va nous permettre de découvrir cette mangrove qui s’étale à perte de vue autour du fleuve Casamance. Spectacle magique que ces serpents liquides qui s’entrecroisent en s’infiltrent au sein d’une forêt de palétuviers.
Près de 40° à la descente de l’avion, nous nous y attendions mais tout de même, cela fait un choc. Premiers sourires partagés avec Pierre Marie, notre relais à Ziguinchor, qui nous accueille dès notre arrivée.
Nous retrouvons rapidement nos repères. Les lieux, les visages nous apparaissent presque familiers, c’et comme si nous étions partis la veille. Ziguinchor est une ville agréable, verdoyante, pas de grands immeubles, peu de circulation et la proximité du fleuve qui donne un peu d’air. De plus nous sommes en fin de période de saison sèche. La période « d’hivernage » va bientôt s’installer avec ses très fortes ondées qui déchire le ciel et envahissent toutes les rues de la ville, mais nous en sommes encore préservés. Seul regret, les colonies de cigognes et de pélicans n’ont pas encore installé leurs quartiers d’hiver. Pour se consoler nous pourrons admirer les flamboyants, ces grands arbres majestueux qui à cette époque de l’année colorent et fleurissent la ville de leurs teintes rouge sang.
Cette année nous allons cheminer dans de nombreux quartiers de Ziguinchor car François et moi voulons voir les 40 enfants accompagnés par Double Horizon à Ziguinchor ainsi que leurs familles, ce que nous n’avions pu faire que partiellement l’an dernier.
Chacune de ces rencontres sera un beau moment de partage, la Téranga porte bien son nom. C’est toujours pour moi une grande leçon et une grande émotion que de voir ces personnes fort démunies nous accueillir avec un large sourire, ne se plaignant jamais de leur situation parfois bien précaire. Ils ont de plus un très grand sens de la solidarité et de la famille (élargie). Bien souvent l’enfant que nous accompagnons a été recueilli par l’oncle, la tante ou un autre membre de la famille car orphelins de père et/ou de mère ou séparés de leurs parents, ces derniers travaillant dans de villages éloignés. Et cela leur semble tellement naturel…
Le plus souvent nous sommes reçus dans la cour que partagent plusieurs familles, parfois c’est dans la pièce unique qui sert de chambre-salon que nous nos regroupons pour échanger. Les discussions avec les enfants sont souvent un peu réduites (est-ce que la vue du toubab les intimide ?). C’est avec les parents que nous échangerons le plus et avec quel plaisir de les entendre nous compter leur quotidien, sans pathos, le sourire aux lèvres. Une certaine complicité s’installe bien souvent et ce sont de grands éclats de rires que nous finissons par partager.
Nous aurons aussi l’opportunité de retrouver Marie-Thérèse, étudiante de 24 ans que l’association accompagne depuis 10 ans. Que cela fait du bien d’entendre cette jeune femme nous expliquer qu’elle passe en 3eme année à l’université de Ziguinchor en Agroforesterie et qu’elle va prendre la spécialité Aquaculture ayant fait le constat suivant, je la cite  « je me suis rendue compte que le coût des poissons est élevé et les revenus familiaux sont moyens, compte tenu de l’apport nutritif de ces derniers on doit veiller à leur présence dans les foyers » no comment !!!
Un autre moment marquant a lieu à l’occasion des retrouvailles avec Charles Mingou le fondateur de l’école Marie Brigitte Lemaire. Le ‘’Vieux’’ comme l’appelle affectueusement et respectueusement ses enfants a été opéré l’an dernier d’une tumeur au cerveau. Celui-ci nous accueille pourtant avec une belle énergie et l’oeil toujours aussi vif et perçant. Nous échangerons longuement avec lui et Serge son fils. Le ‘’grand Charles’’ (là, c’est moi qui l’appelle ainsi) est toujours aussi déterminé à développer son école pour le bien des enfants de ce quartier bien pauvre de Ziguinchor. Là où je reste sans voix c’est lorsqu’il nous demande de remplir un bulletin d’adhésion à Double Horizon afin de faire partie des donateurs !!! Il nous remet un billet de 5000 FCFA précisant que le geste était sans doute symbolique mais important vis à vis du soutien à l’action de l’association aux enfants du Sénégal. J’avoue avoir eu la gorge particulièrement serrée et ce n’était pas à cause de la soif …
Cinq jours cela passe vite, très vite surtout lorsque ces belles rencontres se succèdent. Un dernier très beau moment fût l’occasion donnée de participer à l’anniversaire des 125 ans de la Cathédrale de Ziguinchor. Voir ces jeunes curés en grandes tenues, chasubles blanche immaculées, participer aux danses traditionnelles Diolla et faire la chenille au son d’amplis énormes et puissants installés sur la place, c’est quelque chose!
Pierre-Marie qui aura été notre guide tout au long de ces journées aura été d’une aide des plus précieuses. Nous aurons pu également constater combien son implication est forte auprès des enfants, des familles mais également auprès des responsables des établissements scolaires accueillant tous nos jeunes.
Retour à l’aéroport pour Dakar où 3 journées pour faire le tour de tous nos enfants et de nos jeunes ne seront pas de trop. Malheureusement nous ne retrouverons pas Abdourahmane notre relais sur Dakar, celui-ci ayant été missionné par Tostan une structure de l’UNICEF pour intervenir en Gambie durant notre venue. Nous effectuerons donc des points téléphoniques avec lui. Heureusement nous retrouverons Pape Sene le directeur de l’école Progrès Excellence qui nous guidera durant ces journées.
Dakar c’est l’anti Ziguinchor ! J’avoue ne pas être séduit par cette grande ville bruyante, encombrée, polluée. L’avantage c’est qu’il y fait moins chaud qu’à Ziguinchor (28° à notre arrivée mais 35° le jour de notre départ).
Le quartier de Dakar où nous intervenons est celui de Pikine/Guédiawaye. C’est un quartier très pauvre mais bizarrement beaucoup plus sympa que le centre de Dakar. Les gens y sont tranquilles, souriants et disposés à vous aider simplement pour rendre service.
Notre ‘’quartier général’’ sera l’école Progrès Excellence. Et quel accueil ! J’aime cette école où il y règne une joie assez communicative. Bien sûr durant les cours c’est très studieux malgré des classes variant de 35 à 50 enfants. Mais durant la récréation c’est indescriptible d’autant plus qu’il n’y a pas de cour de récréation, tout se passe dans les couloirs. Des sourires, des rires, des cris de joie, des chants, impossible d’avoir une conversation, d’autant plus que la plupart des enfants viennent nous serrer la main dans le bureau du directeur. Pour nous aussi ce sera la récré !!!
Comme à Ziguinchor nous voulons voir toutes les familles. Déambuler dans cette banlieue pauvre de Dakar c’est vraiment une expérience. Heureusement il fait beau et il ne pleut pas car là cela devient dantesque !
Et partout et toujours ce même accueil sourire aux lèvres, François et moi ressentons physiquement cette hospitalité, la Téranga est là !
Je pourrais conter chaque visite, chaque échange, chaque lieu car chaque rencontre est chaleureuse et enrichissante. J’en choisirais deux et ne m’en veuillez pas ce sont deux de mes chouchous. Tout d’abord Malik que nous retrouvons chez lui (habitat le plus pauvre que nous aillons côtoyé, vous imaginez) Malik est à présent un jeune garçon de 16 ans, il entre en 4eme. Bien sûr il est en retard mais la raison en est simple, il a découvert l’école que très tardivement. Il est vraiment sympa, ouvert, il s’accroche pour bien travailler. Je regarde son carnet et constatant qu’il est faible dans certaines matières (dictée et anglais) lui demande s’il ne pourrait pas travailler un peu ces matières le soir. Et là il me répond avec beaucoup de douceur que c’est difficile pou lui, il n’y a pas d’électricité chez lui …
L’autre rencontre ce sont les retrouvailles avec Aminata. Aminata, écrivain en herbe qui l’an passé nous avait fait cadeau de deux superbes poèmes. C’est une jeune fille de 18 ans que qui se présente à nous. Ce qui me frappe chez elle c’est tout d’abord son langage très châtié, posé, réfléchi. Elle nous fait part de son année scolaire, nous présente son très bon carnet de notes, nous dit ne pas être cependant satisfaite de son année, « les enseignants ont été longtemps en grève et les troubles liés aux élections ont été très perturbants. »
Enfin elle nous remet un long texte sur les évènements de l’année 2012 au Sénégal et la démocratie. C’est très émouvant pour moi dans ce contexte, dans ce lieu, face à cette jeune fille de recevoir ce présent. Je suis très fier d’Aminata, c’est une belle récompense pour François et moi et tous les donateurs de l’association. (Ce texte je vous le proposerais prochainement).
Je m’aperçois en relisant ces lignes que je suis injuste. Chaque enfant, chaque famille, chaque personne rencontrée durant ce séjour aurait eu droit à un petit mot de ma part. Qu’ils ne m’en veuillent pas, je ne les oublie pas.
Voilà nous sommes dimanche. François est parti pour deux jours à Saint Louis et ce soir je rentre à Paris. Cette dernière après-midi je décide de la passer à Gorée. Le bateau qui fait la navette est rempli de touristes sénégalais et de toubabs. Dès que nous accostons j’ai mon idée en tête, je prends une petite ruelle qui mène au nord de l’île, je retrouve une tonnelle ombragée au bord de l’océan, plus un visiteur à l’horizon, c’est le grand calme simplement perturbé par le bruit du ressac sur les rochers noirs ébène. Je peux me poser, sortir mon livre et jouir pleinement de ce moment précieux. Je revois tous ces visages, ces sourires et me dis que décidemment, j’ai bien de la chance.