"Lire c'est voyager, voyager c'est lire" V.H.

mardi 24 mai 2011

Mission Sénégal, retour vers leur futur…

Lundi 9 mai 19h30, François et moi sortons de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Surprise, il fait moins chaud qu’à Paris ! Le taxi nous mène rapidement à l’hôtel Océanic (ancienne demeure de type colonial, rustique mais propre et bien située au centre de Dakar). Dès le lendemain matin c’est avec beaucoup de joie que nous retrouvons Abdourahmane Konaté notre relais sur la région de Dakar. Pas de temps à perdre, nous nous mettons au travail et préparons les 3 journées que nous passerons ensemble à notre retour de Ziguinchor. Nous profitons ensuite des 2 heures qui nous restent avant de prendre le bateau à destination de Ziguinchor pour nous replonger dans l’ambiance de Dakar. La capitale du Sénégal n’est pas ma tasse de thé, c’est bruyant, pollué, l’atmosphère est acre. Finalement nous rejoignons le bateau plus tôt que prévu, le port est plus calme et l’air bien plus respirable. La traversée est nickel ! La mer est d’huile et lorsque nous nous réveillons le lendemain matin, nous sommes déjà entrés en  Casamance sur le fleuve qui porte son nom. Nous sommes accueillis par les dauphins, trop classe ce comité d’accueil !
Sur le quai c’est Pierre-marie Coly, notre relais sur la région de Ziguinchor qui nous attend. Des retrouvailles toujours chaleureuses puis après avoir déposé nos affaires à l’hôtel, direction l’école du Saint Sacrement dont Pierre-marie est le directeur. Après un rapide briefing nous rejoignons L’école laïque Marie Brigitte Lemaire et la famille Mingou grâce à laquelle cette école existe et se développe. Après avoir visité quelques classes qui nous accueillent dans la joie et la bonne humeur, nous rencontrons les premiers enfants que l’association accompagne.  Comme nous le ferons durant tout notre séjour nous établissons le contact avec chaque enfant individuellement. C’est le plus souvent la timidité qui domine car il s’agit d’enfant de 8 à 10 ans qui de plus parlent Wolof chez eux et apprennent et pratiquent le français seulement à l’école. Serge Mingou et Pierre-Marie nous décrivent les situations de familles et conditions de vie extrêmement précaires et difficiles de chacun de ces enfants (orphelins, abandons, chômage, …). Il est évident que sans le soutien de Double horizon ces jeunes n’iraient pas à l’école et rejoindraient les enfants des rues avec toutes les conséquences associées. L’après midi et les deux jours suivants nous auront l’opportunité de rencontrer tous les enfants accompagnés, la plupart des écoles dans lesquelles ils étudient mais également bon nombre des familles. Je retiens de ces rencontres les termes : accueil, pudeur, respect, sourires dans chaque famille. Pendant que François questionne, s’informe sur les résultats du jeune, sur la situation de la famille, je tente de prendre le maximum de notes. Les échanges sont toujours trop courts. Concernant les établissements scolaires ce qui me frappe le plus c’est le nombre d’enfants par classe (de 40 à plus de 60 élèves), la joyeuse ambiance lorsque les élèves nous voient arriver, nous les ‘’toubabs’’ (les blancs) mais en même temps la discipline qui y règne hors de notre présence. Cependant le temps est compté, les échanges avec les directeurs d’écoles ainsi que les instituteurs et institutrices pourraient se prolonger par curiosité et plaisir partagé. Nous devons encore aller visiter l’alliance française pour apprécier l’intérêt qu’il y aurait à payer les frais d’inscription de certains jeunes à la bibliothèque de cet établissement. Surprise, c’est une très belle structure construire sur le principe de la case à impluvion. C’est un bel exemple de fusion entre culture sénégalaise et culture française, Chapeau !
Au contraire de Dakar je me sens bien dans cette ville plus tranquille, plus aérée même si la plupart de nos rencontres se font dans des quartiers très pauvres de Ziguinchor. Mais voila le temps presse nous devons rejoindre Vélingara qui se situe à plus de 300 kilomètres à l’est de Ziguinchor. C’est avec une certaine appréhension que nous retrouvons notre cher Taxi brousse. Après une heure d’attente à la gare routière nous partons car le taxi est enfin plein. 7h30 après et 3 contrôles de police plus tard nous arrivons à destination vers 17h. Nous retrouvons avec moultes effusions Aliou Diao notre relais local. Et c’est la course qui commence car à peine arrivés nous allons à la rencontre des jeunes dans leurs familles. En effet nous pensions repartir le lendemain vers 13h et Aliou nous met en garde c’est à 7h du matin qu’il nous faudra repartir pour être certain d’avoir un taxi brousse ! C’est donc au pas de charge que nous naviguerons de famille en famille. Là encore et toujours de très belles rencontres, notamment cette mère veuve avec ces deux grands fils, l’un en terminale l’autre en 3eme en que nous surprenons dans la cour de leur demeure en train d’effectuer leurs devoirs et cette envie manifeste qu’ils expriment avec beaucoup d’humilité de réussir leurs études pour leur mère. Après un très bon dîner dans une petite maison faisant office de restaurant et une grosse coupure de courant nous rentrons fourbus à l’hôtel (peut-être le seul de Vélingara).
Et c’est le retour sur Ziguinchor, cette fois ci notre chauffeur ne traîne pas, il a du faire le Paris /Dakar ! Nids de poules, vaches, mules, camions, piétons, tout ce qui se présente sur la route est évité avec dextérité et quelques sueurs froides. 6 heures après nous sommes de retour à Ziguinchor. Nous profiterons de cette ‘’escale’’ à Ziguinchor pour avoir un dernier rendez-vous et ce sera avec Marie-Thérèse qui a été accompagnée durant de nombreuses années par Double horizon. Elle est à présent en 1ere année Agro Foresterie à l’université de Ziguinchor et se spécialisera l’an prochain en  bio
Et c’est le retour sur Dakar. Après une nuit plus agitée sur le bateau, nous accostons au petit matit dans la capitale sénégalaise. Nous nous donnons dans la foulée rendez-vous avec Abdou (Mr Konaté) dans le quartier pauvre de Guédiawane et à nouveau allons à la rencontre des familles. Ainsi durant 3 jours nous arpenterons les rues des ces quartiers bouillonnants de vie mais aussi de pauvreté et d’une certaine insalubrité. 3 souvenirs marquants me reviennent en mémoire. Tout d’abord là où habite Malik que nous avions rencontré l’an dernier et qui est hébergé chez sa tante (c’est un enfant abandonné) dans une cour avec une seule pièce et qui fait face à un terrain vague rempli d’immondices. C’est dur et pourtant Malik sourit. Le deuxième souvenir c’est cette école ‘’Progrès Excellence’’, qui accueille près de 300 enfants de ces quartiers. Son directeur qui nous reçoit avec chaleur l’a créé il y a 10 ans les classes sont bien organisées et c’est un beau chahut lorsque sonne l’heure de la récréation. Le feeling passe et nous accueillons avec beaucoup d’enthousiasme les dossiers de nouveaux jeunes à accompagner. Nous retournerons d’ailleurs les voir dans leur famille dès le lendemain. Le troisième souvenir c’est Aminata. Nous avions déjà rencontré Aminata l’an dernier et elle nous avait frappé par son intelligence, son langage extrêmement châtié, son ambition de devenir écrivain. Et je la retrouve égale à elle-même, grand sourire, toujours de très bonnes notes et cet amour de la littérature. Nous discutons et soudain Aminata ôte deux feuilles du carnet quelle avait dans les mains et me les remet. Ce sont deux très beaux poèmes que je tente de lire à haute voie mais l’émotion me prend et je ne peux terminer.
Avant de partir, François et moi nous autorisons une escapade sur l’ile de Gorée tristement célèbre. C’est le soir, tout est calme et paisible. Seuls, nous visitons avec recueillement la maison des esclaves. Difficile de s’imaginer que prêt d'un million de femmes, d’hommes et d’enfants a transité par ce lieu pour servir d’esclaves dans le nouveau monde et ailleurs.
Voilà il va falloir se quitter. Encore quelques grandes parties de rires avec Abdou avec lequel je me sens très complice, une dernière Gazelle (la bière) au bar de l’hôtel, un dernier bilan avec François, nous sommes à la fois tristes et contents. Contents d’avoir mené cette mission comme nous le souhaitions avec 80 jeunes que nous allons accompagner cette année contre un peu plus de 60 l’an dernier, content et enrichis de toutes ces très belles rencontres et un peu triste de quitter, Abdou, Pierre-marie, Aliou et tous ces jeunes. Vivement notre retour vers leur futur prochain.

mardi 29 mars 2011

Impressions au soleil Birman


Voilà, c'est le retour à Paris! Après 17 heures de vol et 3 avions successifs je retrouve, la tête un peu dans le brouillard, mes repères habituels. Une semaine se passe, je regarde les photos prises en Birmanie par Raymond, Muriel, Nicole, Monique, Annie, Martine et moi-même et là d'énormes flashs se succèdent et  m'envahissent. Tout d'abord tous ces sourires de toutes ces personnes que nous rencontrons durant notre trek un peu court de 3 jours. Daniel notre guide français nous avait encouragé à apporter des paires de lunettes ainsi que des loupes afin de les distribuer aux personnes que nous rencontrerions qui en auraient besoin. Idée géniale (nous n'y avions pas pensé plus tôt et le regrettons en coeur) car outre le fait que cela présente une utilité évidente, cela nous a permis de rentrer très facilement en contact avec les villageois dans des contrées bien reculées. Ce furent de très beaux échanges avec beaucoup de rires et de sourires. Mêmes les plus timides et les plus réservés, hommes ou femmes, jeunes ou plus anciens se prêtèrent au jeu ce qui contribua largement à créer des ambiances magnifiques.
Le plus difficile était de se quitter car bien que ces villageois soient très démunis ils tenaient absolument à nous faire des présents, du sucre, du thé et racines de gingembre, des fleurs voire à partager leur repas .... Se rendaient-ils compte que le plus beau cadeau qu'ils nous faisaient c'était leur regard, leurs rires et la chaleur humaine qui émanait d'eux ?
Je ne souviens de cette filature de coton sur le lac Inlé où de petites ''vieilles'' le corps recourbé comme leurs mains, le regard interrogateur, ont commencé à tester les loupes que nous leur proposions en tentant de lire la page d'un prospectus ou tout simplement en regardant leurs mains usées par le travail et par le temps.Et soudain ce sourire qui prend forme, le regard qui s'illumine, devient malicieux et complice, génial !
Durant le trek nous logions dans des monastères. Chaque jour l'accueil était différent mais toujours bienveillant. L'ambiance était étonnante car au milieu de ces grandes salles trônait l'autel ou les autels avec toujours Bouddha en majesté et clignotant avec des éclairages très kitchs. Nous faisions nos salutations d'usage au moine ''père'', assis , les mains jointes pleins de déférence. Le soir nous nous couchions, les hommes d'un coté, les femmes de l'autre. Un soir nous étions allongés sur notre paillasse bien ferme et la télé fut allumée de l'autre coté de la pièce, de ce fait tout le village s'installa afin de regarder ce que nous avons supposé être ''plus belle la vie'' façon birmane. Pendant ce temps le moine faisait ses ablutions dans un coin de la pièce. Le lendemain Daniel nous expliqua que le générateur d'électricité avait été mis en route car des visiteurs étrangers étaient présents et que le village avait profité de cette occasion pour allumer la petite lucarne.
Le jour suivant autre monastère et autre ambiance avec les ''douches'' en plein air, le seau d'eau bien vivifiant et cette nonne merveilleuse et pleine d'attention qui se pliait en quatre et courait partout afin de rendre notre séjour le plus agréable possible. De cette femme cheveux rasés se dégageait une grande beauté et beaucoup de noblesse. Le lendemain les adieux furent émouvants et un peu difficiles.
Il y eu également cette dimension mystique qui transpire en permanence en Birmanie. Où que le regard se pose, il rencontre la couleur terre de sienne brûlée, orange ou rose pâle du ''Kesa'' d'un moine, d'une nonne ou d'un novice. Un stûpa, un temple, un monastère ou bien entendu la figure emblématique de Bouddha surprennent notre regard dans les plaines, sur les collines, dans chaque village, dans les villes à chaque croisement. 500.000 moines exercent en Birmanie nous précise Daniel, autant que de militaires de la junte... Le respect des birmans pour ces derniers (les moines!) est flagrant et m'en impose.
Daniel va nous conter  avec moultes détails et anecdotes l'histoire du bouddhisme, de Siddharta Gautama et de ses enseignements. J'y suis personnellement sensible car bien que profondemment agnostique il se dégage pour moi de ces enseignement beaucoup de tolérence, d'humanité, de poésie.
Certains saturent un peu dans le groupe des explications de Daniel, il faut dire qu'il est intarissable sur le sujet!
Mais me direz vous, tu  parles peu du paysage , des sites visités, alors quoi ? Effectivement pour moi la Birmanie ce fut d'abord et avant tout une ambiance, ces rencontres et  l'omniprésence de Siddharda mais ce serait injuste de ne pas évoquer au moins deux sites, le lac Inlé et Bagan.
le lac Inlé c'est pour moi l'image cette multitude de villages lacustres sur un lac immense entouré de montagnes, ces pécheurs qui manient leur pagaie avec leur pied semblant ainsi effectuer une danse lente et répétitive, ces villageois qui vivent grace à la culture de jardins flottants, au travail de filature, à la fabrication de cigares et partout et toujours ces sourires, ces petits signes amicaux. Ce fut aussi ce déjeuner au bord de l'eau entouré par une forêt de stupas. Mais le véritable choc ce fût Bagan. Voir Bagan et mourir pourrait-on paraphraser. Le plus émouvant ce fut ce petit matin où levés dès 5 heures nous enfourchons nos vélos pour assister au lever du soleil du haut d'un temple. Le temple retenu par Daniel ayant une pente très raide c'est avec une extrème précaution que je gravi les marches car je sens que le vertige est là et mes pieds doivent être chaussés de semelles de plomb.
Arrivé en haut je me colle contre la paroi, reprend doucement mes esprits et prends conscience progressivement du paysage qui m'entoure. Quel spectacle qui s'offre à moi ! Petit à petit l'obscurité fait place à la lumière. Des centaines et des centaines de temples, de stûpas et ce au milieu d'une nature préservée se découvrent, c'est véritablement magique. En une minute le soleil a fait son apparition. "Et dire que c'est nous qui tournons autour" m'entends-je dire.
Je redescend le premier pressé de retrouver la terre ferme et là l'émotion me prend. Je suis seul, j'ai envie de pleurer, c'est trop beau! Mon regard est attiré par un autre temple et malgré le vertige je ne peux m'empécher d'y gravir pour jouir à nouveau de ce merveilleux spectacle et tenter d'imprimer en moi ces quelques instants.
Voilà je suis un privilégié qui a eu la chance de partager avec Martine et  quelques proches des moments privilégiés alors vraiment oui  'Plus belle la vie !'.

P.S.
Vous voulez en savoir un peu plus sur la vie de Siddharta Gautama le Bouddha Historique, l'Eveillé, cliquez sur l'onglet "Moi Bouddha" et vous trouverez un résumé de l'ouvrage de Roger Freches.
Bonne lecture